AUTOUR DE LA FIGURE
ET DE SES METAMORPHOSES
Explorer les virtualités du réel demeure une constante chez beaucoup de sculpteurs requis par la noblesse des matériaux, le respect du métier et le jeu des pleins et des creux. Ainsi de SLAVU. Originaire de Roumanie, n’ignorant pas ce qu’il doit implicitement à l’héritage de Brancusi et à ses formes épurées, il s’est progressivement délesté des pressions du passé pour se ménager d’autres perspectives, après des expériences formatrices dans le domaine du graphisme, du design et l’exécution d’affiches. Puis irrévocablement interpellé par la troisième dimension, au-delà des vicissitudes de son histoire personnelle et de certaines nostalgies archaïsantes, il puise en son tréfonds le ferment d’une grammaire minérale, qui réverbère sa connivence avec le règne naturel et parallèlement avec l’homme, pivot global de sa pratique.
Donc, dès ses débuts séduit par les états de la réalité organique, plus que par les artifices de l’abstraction, il a pu instruire avec détermination une œuvre concise et modulée fondée sur les métamorphoses du corps humain. Affranchi des normes imposées par les contraintes du bloc, désormais conscient de ses pouvoirs et de ses objectifs, son processus se constitue alors dans une interprétation à la fois libre et mesurée de la figure, où le velouté des courbes, la justesse des chutes et l’articulation glissée des liaisons, jouxtent la rigueur des aménagements structurels. La pierre, le marbre, le bronze, prêtent la dureté lisse, pigmentée ou veinée de leur enveloppe, aux entreprises du sculpteur, où s’immisce en permanence une charge humaniste incarnée dans une vitalité contenue de la matière. Mais c’est avant tout l’idée que l’artiste se donne du référent, selon son registre intime, qui définit l’ordonnancement de ses unités et en concentre les forces centrifuges autour d’un noyau stabilisateur, à l’écart des surenchères de la narration. Car c’est dans la synthèse des accords et des opposés, que se noue l’essentiel de cette écriture harmonieuse, non exempte des tensions nécessaires à son équilibre.
Et ce qui frappe encore, dans ces sculptures animales ou humaines debout ou couchées, accouplées ou tronquées, ramassées ou déliées, les bras en extension ou face à face, privées de têtes ou fissurées en leur partie médiane, tient à leur aspect stylisé, leur fluidité ou leur compacité, la clarté de leurs cambrures et de leurs lignes de fuite, assortis des variations colorées inhérentes à chaque matériau. La densité de l’énoncé, où parfois s’entremet un érotisme discret, l’exact calibrage des formes, souvent proche de la loi architecturale, la précision du geste par lequel la sculpture devient elle aussi geste et l’espace-volume, confèrent à cette trajectoire un souci de simplification que n’altèrent pas les nuances du modelage et les échanges convexe et concave.
Et si de temps à autre un relief en suspens, tel Icare, ou une note d’humour, comme cette pomme couronnant un torse, connotent le parcours de SLAVU, aucun hiatus ne nous détourne de son corpus fédérateur, en ce que chaque partition ne fait rien d’autre que traquer les sillons cachés de la vie.