galerie lavignes bastille
 

OLIVIER HEINRY
L'exposition du
1 mars - 9 avril 2005

Texte de
Sophie de Bourgues
pour l'exposition
,
Galerie Lavignes Bastille



Olivier Heinry

10 août, 2003
Pastilles autocollantes sur bois, 61 x 68 cm

Par quelle nouvelle image un peintre peut il encore donner le goût de l'aventure picturale à une société saturée de représentations ?

Olivier Heinry revendique la surprise et le défi, sa maîtrise du dessin traditionnel ne suffit plus. Chaque jour dans l'apparente banalité du quotidien s'impose un regard différent qu'il s'empresse de transmettre. À l'immédiateté des mirages entrevus répond celle des moyens plastiques renouvelés et toujours choisis dans un souci d'usage instantané : des feuilles de papier de couleur glissées dans les fentes de panneaux de planning, des pastilles autocollantes prêtes à poser ou plus récemment des gouttes de peinture.

Chaque image choisie comme objet d'expérimentation est métamorphosée, pixelisée jusqu'à retrouver le mystère de son décryptage originel. Les tâches colorées juxtaposées, parfois superposées, sont suffisamment étendues pour que la lecture intégrale de l'image initiale soit devenue impossible. Le subterfuge familier des imprimeries et écrans de télévisions ou d'ordinateurs ainsi amplifié brouille les repères établis entre figuration et abstraction, entre tradition et moderniste.

Chaque nouvelle série est inaugurée par la transposition d'une oeuvre peinte antérieure au XXème siècle. Celles qu'une multitude de représentations semble avoir épuisées, celles que tous croient connaître sans les avoir vraiment vues : "l'Origine du monde" de Courbet et le "Bain turc" d'Ingres, scandaleuses par leur impudeur, et rendues invisibles par leur célébrité.

Olivier Heinry propose de les redécouvrir en jouant ainsi avec les limites de la perception. Dans l'atelier du peintre des images découpées dans des magazines ou des photographies tirées de l'album de famille subissent le même traitement comme pour signifier que la nature et les motivations des artistes se ressemblent d'un siècle à l'autre : il s'agit toujours de trouver sa place dans la foule d'une humanité énigmatique. Les jeux de formes précalibrées peuvent sembler froidement cérébrales mais la sensibilité de l'artiste le porte vers une matérialité salutaire : "Après tout, une oeuvre d'art ne se réalise pas avec des idées mais avec des mains" disait Picasso.

Sophie de Bourgues