galerie lavignes bastille
 

OLIVIER HEINRY
L'exposition du 13 fév - 16 mars 2002

Texte de Richard Crevier
pour l'exposition
, Galerie Lavignes Bastille
en français - in English

Olivier Heinry

4400, Hommage à Tom Wesselman, 2001
Panneaux de planning, fiches en T, 96 x 260 cm

LE TEMPS RECYCLÉ

L'art actuel est une cristallisation du temps présent.
On le constate une fois de plus devant les derniers travaux d'Olivier Heinry.
Ainsi, dans les grands panneaux, le matériau devient medium par la conversion, de manière Warholienne, d'une image du temps (planning) en un temps de l'image-marchandise-pornographique ou autre, fonctionnelle et désormais reproductible numériquement, dans un processus de transformation qui intensifie une mise en abîme métaphorique de la frontalité sans profondeur et fragmentée des médias électroniques. Aucune nostalgie esthétique ne voile la présence de ces dispositifs visuels qui réduisent en outre au minimum l'écart entre perception et interprétation, leur caractère d'évidence s'en trouvant accentué.

Quant au tableaux, ils sont la juxtaposition, présentée à l'horizontale, d'étroites coulées linéaires déclenchées à la verticale et quasi aléatoires qui, par l'effet d'une rotation à 90 degrés, s'entassent maintenant en strates. Ce simple changement d'orientation installe comme l'épaisseur sédimentée d'une durée dans l'instantanéité du geste initial. La lente fluidité de la descente antérieure se conserve désormais sous la forme de lignes de tension qui paraissent travailler l'une des faces d'un volume, d'où  une illusion de perspective très ténue. Cela rappelle, sans épigonisme, une peinture que défendra encore Clément Greenberg dans les années 60.

Cette tridimensionnalité se retrouve, réelle cette fois, dans les empilages de journaux, avec une littéralité qui a toute la résonance concentrée, sèche, de morceaux de John Cage revus par Fluxus - résidu prosaïque et solidifié du vierge du vivace et du bel aujourd'hui mallarméen dont le déchet est ici transfiguré en un dérivé tautologique du maintenant.

Ces pièces, par l'adéquation en elles du matériau à l'intention qu'il suscite et active au gré d'une inventivité contrôlée qui sait éviter les pièges de la virtuosité, semblent prêtes à affronter l'épreuve du temps.

Richard Crevier
Paris - janvier 2002