Jean-Pierre LAVIGNES
PARIS, décembre 1996
Il y a douze ans maintenant, Calum Fraser exposait pour la première fois à la galerie.
Depuis douze ans et une dizaine d’expositions, de nombreux collectionneurs dans le monde entier se sont intéressés à son travail, beaucoup de critiques d’art et d’historiens ont écrit sur sa peinture et de nombreuses institutions publiques et privées ont fait rentrer ses oeuvres dans leurs collections.
Mais qui est Fraser ?
FRASER est un artiste écossais, émule d’Anthony Green et de Lucian Freud, vivant à Paris depuis treize ans et qui peint dans la plus pure tradition de la peinture anglaise.
Chez Fraser, il y a la peinture et le sujet de la peinture. Le choix délibéré des couleurs donne toujours le ton du tableau, et le ton est rarement l’histoire qu’il raconte. Il détourne les citations et recrée nos univers familiers d’une telle manière qu’ils deviennent un monde surréaliste. Sa laverie automatique devient un décor pour « Starmania » et dans un de ses tableaux ayant pour sujet une femme en robe d’un autre siècle qui court au milieu de la forêt, il s’agit en vérité d’une partie de tennis dans laquelle le poisson que teint la dame fait office de raquette, un poisson plus petit lui, est la balle. Chacun de ses tableaux comporte des anomalies que le regard accepte et qui deviennent normales tant la séduction de la couleur et de la peinture est forte.
Ses tableaux qui n’ont rien à voir avec la réalité ont un réalisme qui dérange.
Calum FRASER peint la vie avec tout ce qu’elle a de bizarre et d’étrange, tout ce qu’elle a de merveilleux, et les contes de fées sont toujours présents dans l’insupportable qu’il se plaît à dépeindre. L’insupportable fait partie de notre quotidien que nous supportons. L’insupportable fait partie des fantasmes que nous n’assumons pas. L’insupportable est la nouvelle forme de romantisme d’une époque qui se questionne comme notre civilisation s’interroge.
La peinture de Fraser n’est pas facile. Elle est séduisante comme ces fleurs vénéneuses qui mordent et dont les traces sont indélébiles. On ne se guérit pas de Fraser. On n’est pas malade non plus de Fraser. Fraser est une nécessité, un constat, un regard à la fois plein d’amour et sans pitié sur « soi-même » « nous-mêmes ». Nous et l’autre. Cette impossible comparaison sans laquelle on ne peut pas vivre et qui rend la vie si difficile.
On croise les tableaux de Fraser tous les jours dans nos rêves comme on les croise dans la rue. Le sentiment d’inconfort devient bien-être, l’ambiguïté est une nouvelle forme de langage et seule l’image rassure… et puis on se réveille avec un sentiment bizarre. Ces rêves du petit matin ont des odeurs qui dérangent et qu’on conserve parce qu’elles sont chaudes, comme on conserve toujours le souvenir d’une toile de Fraser qu’on a croisée à un détour de sa vie.
Il y a dans cette œuvre un définitif qu’on voudrait provisoire et qui est tellement l’homme qu’on sait parfaitement qu’on ne s’en délivrera jamais.
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