Nicholas POWELL
Paris, Août 1991 (voir en anglais)
Écossais de naissance et parisien par accident – « Les gens sont intéressants partout » - l’artiste Calum Fraser qui travaille dans la capitale française depuis 1983, homme apparemment timide et tranquille, est l’auteur d’un monde pictural d’une sauvage beauté.
Au Salon de mars 1991 à Paris la Galerie Lavignes-Bastille a monté un ‘one man show’ consacré à Calum Fraser qui comprenait une série d’aquarelles grand-format de vues urbaines, pour la plupart européennes. Dans le même esprit que ses toiles en huiles ‘Vedutae’ qui empruntaient certains thèmes à des artistes classiques tel Piranèse, ces aquarelles d’un apparent calme trompeur témoignent à la fois de la passion de Calum Fraser pour l’architecture et de sa sensibilité aiguë à la couleur. Dans ses derniers tableaux, le sujet de ce catalogue, il revient au medium plus consistant de la peinture à l’huile, à la fascination qu’il éprouve pour la figure humaine tout en créant un univers turbulent et charnel fait de magie et d’illusion.
Depuis octobre 1990 Calum Fraser travaille dans un atelier situé dans une immense usine désaffectée de la SEITA à Pantin dans la banlieu est de Paris. L’architecture délabrée du lieu a inspiré quatre des dernières toiles du peintre avec des nus et des effets atmosphériques d’eau et de vapeur déjà abordés dans des œuvres comme ‘Brimming Pool’ et ‘Drizzle’ de 1988.
Le monde du cirque de Moscou, étrange et violent, décrit dans le roman de Mikhaïl Boulgakov ‘Le Maître et Marguerite’ a inspiré la séquence d’idées autour de la prestidigitation et l’illusion exprimées dans d’autres toiles récentes de Calum Fraser. Le peintre a directement emprunté certaines images fortes du livre, telles que la tête coupée et le chat qui tire au pistolet qui figurent dans « Moscow Variety Theatre ».
« J’ai joué avec l’idée de la scène, des objets réels et artificiels – jongler avec la réalité fait partie de toute peinture. Tous les grands tableaux à personnages auxquels je pense ressemblent à des décors de théâtre – chez Velàzquez, Las Meninas par exemple, ou La reddition de Breda qui ressemble à une toile de fond avec un cheval sur roulettes poussé sur le devant. Ou les intérieures de Vermeer qui font penser à des pièces faites dans un sucre glace ».
Les personnages théâtraux de Calum Fraser sont aussi bizarres, aussi charnus que les étranges êtres nocturnes prédateurs qui hantent les bars enfumés dans les œuvres comme ‘Golden Lads and Girls’ de 1988 : à nouveau l’idée de déguisement et de tromperie est fortement présente et s’exprime d’une façon formelle par l’utilisation de costumes de scène. La juxtaposition de la chair nue et de la matière, que cette dernière soit l’étoffe rugueuse de certains vêtements, du métal ou du bois, reste aussi brutale et troublante que jamais.
La lumière dans les tableaux de Calum Fraser est indirecte, ou tamisée et presque toujours artificielle – jusqu’à l’éblouissement dans certains toiles montrant des numéros de scène. Par moments il utilise la peinture avec une touche plus légère, plus éthérée, mais continue à privilégier l’application épaisse sur la toile afin de créer une large gamme de tons et de textures ; par le passé Calum Fraser a utilisé du sable, de la sciure, de la résine, voire de al paille pour épaissir la peinture.
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